Commando

Sorti en 1985, Commando est un film d'action bourrin et décérebré, narrant les pittoresques aventures du colonel John Matrix (rien à voir avec Neo & Morpheus), jeune retraité de l'armée qui reprend du service forcé quand sa fille est enlevée sur une île par un dictateur déchu et son armée de miliciens.

Tout de suite, une bien belle bande-annonce comme on aimerait en voir plus souvent :


En moins de deux minutes, on a compris tout le film, les personnages (le gentil héros musclé, sa fille enlevée, la cruche inutile à emballer, les méchants tarés et dangereux) les enjeux dramatiques (c'est à dire le prétexte au bourrinage), et vu la plupart des scènes d'action, le tout servi dans un joyeux désordre sans queue ni tête.

La tagline est assez révélatrice : "Somewhere, somehow, someone's going to pay" : le scénariste ne sait pas encore très clairement comment ni pourquoi, mais ça va ouvertement chier des bulles carrées dans le ventilo !

Pour l'anecdote, justement, le scénariste de Commando n'est autre que Steven E. de Souza, qui réalisera 9 ans plus tard un autre film d'action à tendance hautement potagère : l'adaptation du jeu vidéo Street Fighter (avec un certain Jean Claude Van Damme) -peut-être t'en parlerai-je un jour, ami lecteur...

Commando--bulletproof_bush
Les guérilléros-jardiniers seront comblés par le rosier pare-balle, qui joint l'utile à l'agréable avec élégance.
Disponible dans tous les magasins Nature & Découverte d'Amérique Latine.



Commando est porté de bout en bout par un Arnold Schwarzenegger tout en muscles et en flingues, c'est assez logiquement que le reste du casting est au diapason : face à l'autrichien monolithique, Vernon Wells sur-cabotine en sadique porte-flingue du méchant dictateur déchu et blasé, joué par Dan Hedaya. À ce stade de la distribution, quelqu'un de la pré-production a bien dû se rendre compte que ça manquait de femmes.

On ajoute donc la jeune Alyssa Milano (qui sortait alors de Madame est servie, 10 ans avant Charmed) qui jouera la fille de John Matrix, servant à humaniser le Terminator, dans une rigolote séquence d'introduction où le spectateur ressent toute la difficulté de Schwarzy pour jouer le rôle d'un père drôle et tendre. Catalyseur qui déclenche l'action, la fille de Matrix sera otage la plupart du film, et force est de constater que malgré son jeune âge et son rôle d'otage, la jeune Alyssa MIlano s'en sort plus qu'honorablement dans le rôle de la fille.

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La séquence "émotion en famille monoparentale" dont la niaiserie crétine ferait passer La petite maison dans la prairie pour du Kafka...



Inévitable ajout féminin faisant partie du cahier des charges du film d'action 80s : la potiche.
C'est un peu comme une femme (d'ailleurs le rôle est généralement tenu par une femme), mais qui ne servirait à rien d'autre qu'encombrer le héros tout le long du film, pour enfin succomber à ses charmes virils quelque part entre la scène d'action finale et le générique de fin. Souvent la potiche se fait bêtement enlever pour permettre au héros de la sauver (on n'a rien inventé depuis les contes de chevaliers et de princesses...), mais pas dans Commando : le rôle de l'otage à libérer étant déjà pourvu, la potiche ne fera donc rien.
C'est Rae Dawn-Chong s'y colle avec abnégation, tentant même de dynamiser avec humour son duo avec Schwarzenegger. Las, le scénariste n'ayant pas prévu de lui faire faire grand chose, la voilà passivement collée aux basques du colonel Matrix pour 1h30 de film, enchaînant ses quelques gags en attendant le baiser final.

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Le plan nichon (évidemment gratuit), passage obligé de tout nanar réussi !



Le scénario ne s'encombre pas de détails, espérant que le spectateur en prendra visuellement assez dans la tronche pour ne pas trop creuser ses incohérences. Le dialoguiste, visiblement en concurrence avec le mec-qui-a-pondu-la-tagline, est décidé à placer un impressionnant quota de jeux de mots et vannes pourries, liés par des dialogues creux et inutiles. Bienvenue à jeux-de-mots-de-merde-Land !


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Passé un certain niveau de over-the-top-isation du héros, la tronconneuse devient superficielle : il pourrait très bien avoir coupé cette brindille avec ses ongles et ses dents, ça ne dénaturerait pas le personnage.



Côté mise en scène, c'est le délire d'une excitation juvénile dynamitée à la testostérone pour les armes à feu et les explosions, à croire que Joël Silver (le producteur) était de mèche (humour : explosifs, dynamite... de mèche... 'cule un mouton ?) avec le fournisseur d'explosifs des effets spéciaux.
Commando obéit à une règle simple : tout ce qui peut exploser explosera, tout ce qui peut être détruit le sera, tout méchant sera tué (parfois même plusieurs fois, car le figurant -même mort- se recycle, surtout s'il est moustachu), et Mark Lester (le réalisateur) filme le G.I. Schwarzy et son arsenal d'armes diverses et variées avec la joie communicative d'une enfant qui tient à montrer tous ses jouets un par un.

Hé, les copains, z'avez vu Musclor ? Il est trop fort !


Qui dit "explosions nanardes" dit "maquettes + mannequins en mousse". Réjouis-toi, ami lecteur : Commando intègre bien son quota d'effets spéciaux nanards, incluant quelques trampolines pour projeter les cascadeurs.

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- Des trampolines ? Où ça ?


Jouissif nanar pour les uns, sombre navet pour les autres, Commando est avant tout un film à replacer dans son contexte historique. Bien trop "over the top" pour n'être qu'un simple film d'action 80s parmi tant d'autres, c'est une œuvre symbolique et révélatrice d'un certain style de cinéma d'action américain. Joyeuse bourrinade décomplexée, à la fois drôle -volontairement ou non- et violente (ou tellement violente et improbable qu'elle en devient drôle ?) Commando capitalise tout sur l'action testostéronée, sans même avoir la prétention de s'encombrer d'un scénario.
Les chasseurs et les adhérents de la N.R.A. l'apprécieront au premier degré du film d'action, tandis que les adorateurs de nanars se réjouiront de ce joyeux n'importe-quoi, bien trop bordélique pour être pris au sérieux.

God, I miss the 80s !


La page de Nanarland dédiée à Commando