Goodbye Lion

Salut à toi, ami lecteur


Je rédige ce petit billet pendant que Time Machine, le système de sauvegarde intégré à Mac OS X, est en train de sauvegarder le contenu du disque dur de mon Mac sur un autre disque dur, externe ; étape de sauvegarde indispensable avant d'effacer intégralement le disque interne du Mac pour y installer la version précédente de Mac OS X.


Si tu me connais dans le monde réel (ou même virtuel, aux alentours de par-là-bas), tu sais que je suis un Macaque convaincu depuis de nombreuses années, passé par toutes les phases requises pour devenir un utilisateur de Mac averti :
  1. d'abord le dénigrement de la méconnaissance ("Mac cé nul PC cé mieu, j'y connai rien mais sé se kon m'a di alor je repet")
  2. rapidement suivi par le prosélytisme du nouveau ("Mais en fait c'est trop bien un Mac, comment j'ai pu m'emmerder aussi longtemps avec Windows ?")
  3. qui laisse progressivement place au pragmatisme qui tente d'avoir un peu de recul ("Sont cons chez Apple, pourquoi ils ont viré cette fonction ?").

La phase qui ne m'a jamais vraiment quitté, c'est cette envie de faire découvrir et d'apprendre aux autres utilisateurs à comprendre leur Mac pour mieux l'utiliser. Non pas parce que j'ai des actions chez Apple (disclaimer : je n'ai pas d'actions AAPL, je ne suis pas payé par Apple, je n'ai pas pleuré à la mort de Steve Jobs), mais parce que je trouve que le Mac est un outil bien mieux adapté qu'un PC sous Windows (autant dans ma branche professionnelle -la vidéo- qu'à titre personnel).
J'aime quand les utilisateurs prennent possession de leurs outils (et pas l'inverse), et comme j'ai besoin d'apprécier l'outil pour avoir envie de le faire comprendre et apprécier à d'autres, alors je passe une partie non-négligeable de mon temps à aider les moins connaisseurs que moi, par là-bas.

Un jour je ferai un long billet sur "Pourquoi et comment je suis passé sur Mac".
Mais pas maintenant, car aujourd'hui c'est "Pourquoi j'ai rétrogradé de Mac OS X 10.7 à Mac OS X 10.6".



Avant d'aller plus loin, il te faut savoir certaines choses si tu n'es pas très au fait du microcosme Apple - Mac - iOS.
Apple est un constructeur / assembleur / vendeur de trucs informatiques, comme des ordinateurs (les Mac), des baladeurs initialement musicaux de plus en plus mulitmedia (les iPod), de téléphones (iPhone), et de tablettes (iPad).
Il est très important de bien comprendre qu'il y a eu un "avant" et un "après" iPhone, pour Apple et surtout pour ses clients et utilisateurs.


Avant l'iPhone (2007), Apple considérait le Mac comme l'ordinateur central autour duquel gravitent des périphériques : le hub numérique. L'ordinateur était alors au centre des préocupation d'Apple, tant pour la partie matérielle que logicielle (Mac OS X, le système d'exploitation des Mac).



Et puis Apple a lancé l'iPhone, puis l'iPod touch et enfin l'iPad, avec en toile de fond un tout nouvel éco-système applicatif (l'App Store, pendant applicatif de l'iTunes Store dédié aux contenus multimedias) et surtout un succès critique, public et économique sans précédent. En quelques mois à peine, le Mac est passé au second plan, au profit des iBidules fonctionnant sous le système iOS (le Mac OS des iBidules).

Depuis 2007, les nouveaux clients et utilisateurs de produits Apple arrivent désormais par l'iPhone et l'iPad, et basculent ensuite (éventuellement) sur Mac. Et comme Apple n'a jamais eu peur des transitions et ruptures brutales -quitte à se couper d'une partie de ses utiisateurs précédents- pour aller de l'avant, c'est très logiquement que le Mac est devenu progressivement un gros iPad, Mac OS X devant de plus en plus proche d'iOS pour encourager les utilisateurs d'iPhone à remplacer leur PC par un Mac.




Personnellement, je n'ai pas d'iBidule, même pas l'envie d'en avoir, et surtout pas envie que mon outil de travail deviennent aussi limité qu'un iPad. C'est pourtant ce vers quoi tend Apple : un ordinateur aussi simple à utiliser qu'un iPhone.


Tout ça ne m'est apparu clairement qu'en octobre 2010, lors de la présentation de Lion (qui était alors la nouvelle mouture de Mac OS X) à la conférence intitulée "Back to the Mac".
Coutumière des invitations mystérieuses, Apple avait envoyé ce bien joli carton, me laissant naïvement présager qu'après s'être occupé des iBidules, Apple allait enfin re-parler du Mac :

Pasted Graphic

Las, si c'est bien de Mac dont il fut question, la présentation de Lion, la nouvelle version de Mac OS X (rebaptisé "OS X", modification éminement symbolique du nom) ne laissait que peu de doutes quant à l'interprétation du mystérieux slogan "Back to the Mac", et la direction prise par Apple concernant son système d'exploitation. En effet, "Back to the Mac" signifiait l'injection dans (Mac) OS X de fonctions iOS, dans le but évident de ramener de nouveaux utilisateurs attirés par la simplicité d'iOS.

C'est devenu d'autant plus évident lors de la présentation de la WWDC 2011.

Financièrement compréhensible au vu du succès de l'éco-système iOS (combien ont connu Apple d'abord par un iPhone / iPod / iPad ?), et réjouissant de simplicité pour le néophyte, cette nouvelle mouture de (Mac) OS X a consterné une large partie des anciens utilisateurs de Mac (cette "large partie" restant numériquement très minime comparée aux utilisateurs d'iBidule).


Bref, pour la première fois en 7 ans de Mac, j'ai downgradé la version de Mac OS X que j'utilise sur mon Mac. Après avoir testé Lion quelques semaines, je suis repassé de 10.7 à 10.6. Pourquoi ?


Je ne parle pas ici de certains réglages dont je n'apprécie pas le comportement par défaut, mais qui sont facilement modifiables, comme le scroll inversé, la disparition des barres de défilement, ou l'invisibilité du dossier Bibliothèque de l'utilisateur. Je note quand même une certaine manque d'harmonisation : Apple masque la bibliothèque de l'utilisateur, mais laisse apparent le dossier système et la bibliothèque de la racine, dossiers où l'utilisateur lambda a encore moins de choses à y faire.


Je ne parle pas non plus de ce que je savais perdre en passant à Lion, comme le support des applications PowerPC (via la suppression de l'émulateur Rosetta, qui subsistait jusqu'à Snow Leopard).



iCal

J'utilise intensivement iCal, depuis des années j'y gère 4 calendriers (un personnel, et un pour chacune de mes 3 vies "professionnelles"), et j'en consulte une dizaine. J'ai besoin d'avoir un contact visuel permanent avec la liste de ces calendriers, afin de (sa)voir auquel appartient l'événement que je suis en train de créer ou de consulter. Depuis des années, iCal dispose d'une liste affichable en permanence des différents calendriers, à gauche :

iCal Snow Leopard flooté



Pour la première fois, Lion retire cette liste permanente et la remplace par un bouton qui n'affiche cette liste de calendriers que de manière temporaire, sans aucune possibilité de la conserver en permanence :

iCal Lion flooté



Cette interface pop-up d'iCal a du sens sur un iPad où la taille de l'écran impose de faire des choix drastiques en terme d'affichage permanent. Mais sur l'écran 27" d'un iMac ?
Apple semble avoir oublié que sa propre application pouvait être utilisée pour gérer plusieurs calendriers, et qu'un écran d'ordinateur disposait d'assez de place pour les afficher. La "logique" d'interface qui a conduit à cette gymnastique ajoutant un clic inutile pour afficher ponctuellement une information - pourtant importante, et dont la place était prise en compte dans les version précédentes d'iCal - m'échappe complètement...



Carnet d'adresse

Le Carnet a souffert du même type d'iOSisation que iCal : d'une interface précédement à trois colonnes (groupes, fiches, détail), le Carnet passe à seulement deux dans Lion : il est désormais impossible de voir en même temps les groupes de contacts et le détail d'une fiche, il faut choisir entre [groupes + fiches] ou [fiches + détail] :

Carnet Lion groupesCarnet Lion fiche

Là encore, l'espace d'affichage restreint d'un iPhone ou d'un iPad pourrai expliquer la nécéssité de n'avoir que deux colonnes. Mais sur un ordinateur ?

La vue en trois colonnes des versions précédentes du Carnet prenait-elle donc tant de place sous Snow Leopard ?

Carnet Snow Leopard




Auto-Save & Versions

Finie la fonction "Enregistrer sous", désormais c'est le logiciel qui sauvegarde automatiquement toues les modifications faites à un document. Dit comme ça, ça l'air super !
Mon problème, c'est que non seulement je préfère décider moi-même à quel moment j'enregistre les modifications d'un document, mais surtout que je veux pouvoir ne pas l'enregistrer !
Auto-Save m'impose donc deux manipulations complètement inutiles (dès l'ouverture du fichier et avant toute manipulation, il faut tout de suite commencer par le dupliquer, puis fermer l'"original").

Exemple : j'ai une grande image, dont je veux faire une copie réduite.

- jusqu'à Snow Leopard : je l'ouvrais dans Aperçu, je faisais toute mes modifications, je faisais un enregistrer sous, et je fermais le fichier.

- avec Lion : j'ouvre, je pense à dupliquer, je ferme l'autre fenêtre, puis seulement je commence à travailler sur mon image.
Si par malheur j'ai oublié de dupliquer avant de la retoucher et que j'ai quitté l'application, je suis bon pour aller la re-chercher dans Versions. Rien de dramatique, juste de la perte de temps.
Sauf que si je travailais sur un fichier stocké sur un volume formatté en FAT 32 (une clé USB, un disque dur externe, ...) qui ne gère pas Versions, hé bien c'est foutu : le fichier a été enregistré -de manière transparente et automatique- au moment de quitter l'application, et point ne peut le récupérer dans sa version précédente...




Exposé

Grand manipulateur de fenêtre, j'utilise intensivement la fonction Exposé (partiellement relookée et renommée Mission Control sous Lion). Par contre, je n'utilise jamais Spaces, dont je ne vois pas l'intérêt : je préfère une bonne gestion des fenêtres dans un seul espace.

Désormais dans Lion, il n'est plus possible de passer directement de Mission Control (équivalent de la fonction "toutes les fenêtres" d'Exposé) à Exposé "afficher le Bureau" ou à Exposé "fenêtres de l'application" ou à Dashboard.

Par contre, utiliser inutilement de la place en haut de l'écran de Mission Control pour d'éventuels Spaces, même quand on ne l'utilise pas (et qu'on ne veut pas utiliser Spaces) ça oui il peut, Mission Control !





Conclusion

Je ne parle ici que de ce que j'ai découvert - à mes dépens- avoir perdu en passant de Snow Leopard à Lion.
Si j'y ajoute ce que je savais perdre (l'émulateur Rosetta, donc toutes ces vieilles applications PowerPC qui n'ont pas toujours forcément d'équivalents en Intel natif), ça fait un peu trop de déconvenues face aux avantages de Lion (iCloud... et... heu... allez, disons : la fusion des dossiers lors de la copie dans le Finder).

Preuve que je ne suis pas le seul à avoir de griefs contre Lion, l'existence de Lion Tweaks, qui corrige certains des "nouvelles fonctionalités", comme on peut le voir sur mes captures d'iCal et du Carnet, à qui j'ai pu redonner un look moins vilain, mais sans pouvoir modifier le contenu affiché par l'application.

Autre preuve que je ne suis pas seul à m'en plaindre (et histoire de finir sur une note positive) : le successeur de Lion, "Mountain Lion" arrivera cet été et corrigera enfin certains de mes principaux griefs, aux moins ceux concernant iCal et le Carnet :-)