Numérique, copie et clonage

Le numérique, comme son nom l'indique, c'est un signal composé de numéros binaires (en anglais, des "binairy digits", abrégés en "bits"). Pour simplifier la représentation virtuelle de ces petites choses binaires, imaginons des pièces de monnaie. En binaire, chaque "bit" peut avoir deux états, symbolisés par 1 ou 0, tout comme chaque pièce a deux face ("pile" et "face"), et donc deux états possibles. Si on prend deux pièces, le groupe peut donc avoir 4 états (pile et pile, pile et face, face et pile, face et face). Pour la suite, les puissances de 2 sont utilisées pour calculer le nombre de possibilités par groupe, selon le nombre d'éléments qui le composent. Ansi, avec 8 pièces, on peut faire 256 combinaisons différentes, tout comme on peut écrire 256 mots composés de 8 lettres avec un alphabet à 2 lettres. Piochons dans les racines grecques anciennes pour nommer un mot de 8 bits : un octogone a 8 côtés, un octopus est une pieuvre (8 pattes), donc un "mot" virtuel composé de 8 bits sera tout simplement appelé un "octet". De 00000000 à 11111111, en passant par 01010101 et 00001111, il existe donc 256 octets différents.

Oui, mais à quoi ça sert, les bits et les octets ?
À faire de l'informatique !

Avant le numérique (CD, DVD, informatique et Internet), toute copie était dégradée : le signal analogique perd de sa fidélité à chaque copie sur un nouveau support. La copie était donc tolérée puisqu'elle était forcément de moins bonne qualité que l'originale. Par exemple, l'image d'une copie de cassette VHS était nettement dégradée (plus floue, pâteuse, couleurs qui bavent, ...) par rapport à l'originale.


Or, le numérique permet un traitement de signal sans aucune perte : une copie de CD est exactement identique à la source : c'est un clone parfait du signal. Idem pour un DVD (attention, je ne parle pas de compression, mais bien de copie à l'identique). Comme un octet copié est identique à l'original, un fichier dupliqué est parfaitement similaire à sa source.


Prenez un fichier quelconque de votre PC, par exemple une musique en MP3. Copiez-la sur une clé USB, sur un disque dur externe, envoyez-la à vous-même par e-mail, ... Même après 300 copies, le fichier est toujours absolument, parfaitement, numériquement identique à l'original, "bit" à "bit" !


Cette absence de perte lors d'une duplication numérique est une grande force de l'informatique : on peut envoyer la même photo à 5 (ou 1000) personnes par e-mail, tous les destinataires la recevront en qualité exactement similaire à celle de l'envoi. Et là, justement, ça pose problème pour l'industrie du divertissement (producteurs de musique, de films, ...) : avec son PC, madame Michu a tout ce qu'il faut dans son salon pour dupliquer à moindre coût, sans aucune perte, et potentiellement à grande échelle des CD audio, des films en DVD, ...


Internet est encore pire (pour les ayants droit) : en s'affranchissant du support unique, le coût de la copie diminue encore, et la nature du réseau informatique mondial rend la diffusion d'œuvres protégées problématique : avec un abonnement ADSL classique (quelques dizaines d'euros par mois), madame Michu peut télécharger illégalement des dizaines de films en qualité DVD, des centaines de musiques en qualité CD, et ce à partir de tout ordinateur qui partage sur le réseau (un monsieur Michu, à l'autre bout du monde, par exemple). Tout ceci, illégalement (= sans rémunérer les auteurs et ayants droit).


Comment l'industrie des divertissement va-t-elle réagir ? Ce sujet sera, ami lecteur, pour la suite de ce passionnant feuilleton !